Divers · 06.10.2026

Tunng, ou l’étrange douceur des machines

Depuis vingt ans, Tunng fabrique une folk électronique où les machines ne refroidissent jamais les chansons : elles les rendent plus étranges.

Tunng, ou l’étrange douceur des machines

Il y a quelque chose de trompeur dans la douceur de Tunng. À première écoute, le groupe britannique semble appartenir à cette famille aimable de musiciens qui ont entrepris, au début des années 2000, de remettre la guitare acoustique au milieu des ordinateurs. Quelques arpèges, des voix presque murmurées, des rythmes discrets : rien qui paraisse devoir déranger durablement l’ordre des choses.

Et pourtant, chez Tunng, quelque chose cloche toujours.

Les chansons semblent connues avant même d’avoir commencé, comme si elles appartenaient à un folklore dont on aurait oublié l’origine. Puis arrivent des grésillements, une percussion impossible à identifier, une voix découpée, un bruit qui pourrait être celui d’une porte ou d’un programme informatique. Le familier se dérègle.

C’est probablement là que le groupe est le plus intéressant. Tunng n’oppose jamais l’acoustique et l’électronique. Il ne cherche pas à préserver une supposée authenticité de la folk contre l’artifice numérique. Les deux mondes cohabitent naturellement, jusqu’à devenir difficiles à distinguer.

Cette ambiguïté donne à leurs meilleurs morceaux une qualité presque enfantine, mais d’une enfance légèrement inquiétante. On pense aux comptines, aux promenades dans les bois, aux histoires racontées trop tard le soir.

Le terme de « folktronica », souvent employé pour parler du groupe, finit d’ailleurs par ne plus signifier grand-chose. Il décrit correctement les outils, beaucoup moins le résultat. Ce qui compte chez Tunng n’est pas le mélange des genres, mais la manière dont une chanson apparemment simple peut devenir progressivement instable.

On pourrait leur reprocher une certaine constance, parfois proche de la répétition. Mais c’est aussi ce qui fait leur charme. Tunng n’a jamais vraiment cherché à conquérir un territoire nouveau à chaque disque. Le groupe approfondit plutôt une même intuition : celle d’une musique populaire imaginaire, ancienne et numérique à la fois.

Une musique de campagne enregistrée par des fantômes qui auraient appris à utiliser Ableton.


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